Dans une rue du quartier chinois, je m’arrête avec un chanteur de rue, Piedrito, qui me chante quelques chansons en hurlant mon prénom sur le rythme de boléros suaves. Il me propose de venir manger chez lui le lendemain midi : Ok ! Entre temps, Gustavo se pointe pour écouter Piedrito qui est aussi humoriste à ses heures : grosse marade.

Piedrito s’en va et je reste avec Gustavo et sa copine, Aylin, qui loue des copies de DVD dans la rue pour 10 pesos cubanos. On commence à bien parler et ils me racontent comment fonctionne le système Cubain et pourquoi ils le détestent. Aylin a goûté au rêve car un petit ami suisse lui a payé plusieurs fois le voyage vers la France et la Suisse. Et puis il est mort d’un accident de voiture.

Nous parlons un bon moment sur le bord du trottoir et ils me racontent comme ils aimeraient sortir de Cuba, pouvoir voyager, gagner leur vie un peu plus dignement… Aylin a chez elle une peinture d’un paysage. En passant devant elle me dit : « j’aimerais vraiment voir ça en vrai »… Bam !

Je leur paye des bières, on mange un bout et puis on se balade sur le Malecon jusqu’à deux heures du mat’. Ils refuseront que je paye les chicharrones que nous mangeons vers minuit. Le Malecon est une longue avenue qui longe la mer sur 7 kilomètres et c’est aussi le lieu de prédilection des cubains la nuit : musique, danse, couples… Pour moi, c’est le meilleur moyen de rêver en regardant l’horizon : pas top quand tu sais que ceux qui prennent la mer pour partir sont 200 sur un pauvre radeau qui arrive rarement à destination…

Je rencontre au passage l’oncle José qui me fait rentrer chez lui pour me montrer ses deux portraits de Fidel et de Che Guevara (trois fois plus grand que le premier).

Rencontre extraordinaire donc, je me fonds dans le vrai Cuba, et je me sens entre de bonnes mains après mes mésaventures. On se fera quand même arrêter deux fois par la police qui nous interrogera sur la raison pour laquelle nous sommes ensemble (cubains et touriste ne sont pas autorisés à discuter ensembles...).