Après un mois de travail acharné avec le nouveau boss du CCF et une bonne semaine de maladie, couchée, vidée, à plat, mal de crâne et crampes d’estomac pour cause de palu, j’ai décidé de m’exiler avec mon ami musicien Joe-Coo, dans son village Fio Condji, au dessus d’Aneho.

Abandon de mon portable et 15h de repos par jour, c’était la politique du week-end, plutôt réussie d’ailleurs en y rajoutant quelques émotions fortes.
Arrivée donc à Fio Condji à 10h du matin samedi : une heure de taxi (serrée à l’arrière entre trois tatas), puis à cheval sur un taxi moto pour aller à l’entrée du village de Fio Condji, au bar Happy Days où, le téléphone ne captant pas, je demande au barman de me trouver Jah, qui connaît Kaossi, qui sait où est la mère de Joe-Coo, qui va lui dire de venir me chercher (toujours avec le mal de crâne).

J’arrive à la maison 2h après où la mère et la tante de Joe me chouchoutent du début à la fin : « assieds toi là », « repose-toi », « reprends du djekoumé » et Joe qui me traîne dans tous les recoins de son village. Un vrai bonheur.


Il s’avère que j’arrive alors qu’il se passe plein de choses : c’est un week-end de cérémonies vaudous un peu particulier. Pour situer, je crois que je vais commencer par une petite description du vaudou tel que je l’ai compris, sachant que ce n’est qu’un bout d’explication.

C’est une religion qui vient de l’animisme, l’adoration des êtres, des esprits et des divinités de la nature. Le village de Fio Condji a trois vaudous dont un très rare et pas des plus sympatoches. Deux de ces vaudous « sortent » pendant le week-end. En réalité, des cérémonies leurs sont consacrées avec des danses, des chants et des costumes particuliers. Les photos étant interdites, je vous mets quelques images du photographe Gert Chesi, dont on m’a prêté les images. Elles sont très belles en plus.

Le samedi après-midi, me voilà donc sur la place principale, au milieu de la foule pour voir le vaudou OCHE sortir. Super impressionnant ! Il y a environ 10 danseurs dont les costumes sont carrément déments : pas un bout de chair qui dépasse et des décorations de perles, de laine, de paillettes, des couleurs hyper flash (et kitsh).


Chacun porte les symboles de son vaudou dessiné sur le costume, parfois une arme (sabre, hachette, fouet végétal) et surtout, des masques de cauris (petit coquillage blanc) incroyables. En plus de ça, certains ont dans le dos des structures avec des statuettes en bois (tête humaine), corne de buffle… Enfin, ils prennent une voix nasillarde et utilisent une langue pas toujours compréhensible. Bref, impressionnant mais pas toujours rassurant.


Voilà pour les costumes.
Pour ce qui est de la cérémonie en elle-même, les gens sont rassemblés autour de la place où les vaudous déambulent et dansent chacun de manière différente. Il y a deux orchestres : un assis dans la foule et un second qui suit les vaudous. Ils jouent sur des tambours parlants des rythmes très rapides qui parfois s’enflamment encore plus selon l’action que mène le revenant. Les danses sont très sportives du type une traversée de la place, accroupi avec des pas et des sauts très souples (le tout sous un costume super lourd, sans trous et avec une chaleur de dingue).


Quand ils ne dansent pas, les revenants passent de personne en personne pour demander de l’argent. Des hommes les suivent et sont armés de bâtons pour protéger le public. Si le revenant s’approche pour parler à quelqu’un, ils posent le bâton entre le vaudou et la personne concernée et traduisent ce que dit l’esprit rentré dans le corps de l’humain sous le costume.

Il ne faut surtout pas toucher les vaudous. Du coup, même quand on leur donne une pièce, on ne doit pas les toucher, on lance l’argent à terre. Et pour « taquiner » les gens, les vaudous s’amusent à courir dans le public qui s’enfuit, terrorisé.


Comme j’ai eu la chance d’être dans la tribune des VIP, je suis restée bien cachée derrière un ami initié au vaudou. Mais évidemment, seule blanche du village, les vaudous ont voulu me saluer et l’un deux m’a même mis son sabre sous la gorge plusieurs fois avant que mon ami décide que maintenant je devais rentrer. Hum hum…

Mon texte commence à être long donc je vous passe les détails du dimanche matin. La maman de Joe-Coo ayant obtenu un souhait, elle devait sacrifier un mouton pour les fétiches. À 10h du mat’, on me sert une assiette de boyaux, foie, poumons et autres intestins du pauvre mouton que j’avais caressé la veille. Et là je pleure… et je mâche longtemps (ou j’avale tout rond beurk). Heureusement, j’ai eu droit à mon moment « enfants ravis d’être pris en photo ».



Et puis distribution de talc

Pour la dernière histoire, le dimanche était le moment de sortie du vaudou ORO. A 22h, un homme passe dans les rues annoncer la fermeture de toutes les maisons. Personne ne peut sortir et tout le monde éteint les lumières… Le vaudou peut être méchant même si ce n’est pas son but. Et à minuit démarre sa promenade.

D’abord des chants d’hommes avec des sons de castagnettes en bois, et puis le bruit du vaudou… Un bruit à te glacer les sangs. Comme un fil de fer qui fend l’air mais avec plusieurs tonalités, plusieurs variations. Parfois comme des cris mais toujours avec ce bruit métallique. Parfois avec un effet de sinusoïde, parfois aigu, parfois grave. J’ai jamais entendu un truc pareil et j’ai couru rejoindre la tata dans son lit pour dormir avec elle (me voilà revenue en enfance, elle était morte de rire…). Je me demande encore comment ce son est produit, mais laissez-moi vous dire que mon week-end était mystique, énergétique, spirituel, émotionnel…
Et je suis rentrée tranquille sans plus mal nul part…